Il m’aura fallu 2 semaines pour digérer, à peu près, nos échanges sur le post concernant #metoo. J’aimerais vous remercier car je crois qu’il est rare de pouvoir explorer des thématiques et des sentiments si intenses. Rappel des faits :
1/ je vous ai fait un très long et sinueux post. Certains.es de mes amis.es et j’imagine certains.es d’entre vous n’ont d’ailleurs pas trop compris ou adhéré. même si j’en reste très heureuse, c’est vrai que c’était long et sinueux et pas totalement maîtrisé.
2/ on s’est bien frités dans les com
3/ on a exprimé, mais aussi entendu nos colères
4/ on s’est écoutés
5/ on a compris, accepté et même présenté parfois des excuses.
6/ on a débattu, sans forcément être d’accord, mais dans le respect
wa-hou! je ressens malgré ou grâce à ces imperfections dans tous ces échanges, une vulnérabilité mais aussi une force incroyable et aimerais vous exprimer toute ma GRATITUDE! ça me fait grandir, vous ne pouvez pas savoir.
alors autour de moi, ici ou en perso, beaucoup d’amis, plutôt des hommes en fait, sont revenus vers moi, avec plein d’idées. Je ne dis pas que mes amies femmes n’ont pas d’idées mais je pense que nous dialoguons sur des niveaux différents.
Les femmes (autour de moi) disent simplement : on ne veut plus être mal-traitées. nous voulons être respectées en tant qu’être humain (ie. Peut on être respectées, recevoir de l’empathie, de l’amour?)
Les hommes disent : oui mais le problème c’est qu’on sait plus comment être des hommes (ie. Peut on être respectés, recevoir de l’empathie, de l’amour?)
Euh… ouais! alors, je sais pas si chacun saisit le fossé entre les 2 « camps »… Et en même temps, un fossé qui dit son nom c’est juste un trou au dessus duquel on peut construire de magnifiques passerelles. J’en suis convaincue.
Alors dans ce dialogue, je me suis “battue” contre quasiment tous les points de vue qui m’étaient donnés, ne voyant que le mien “plus de compassion svp”, mais au final, si l’on met nos arrogances de côté (en même temps… j’ai toujours raison… ;p) : je me suis rendue compte qu’il y avait mille manières d’affronter le sujet, de changer les choses et que si chacun bosse sur le chantier qui lui parait le plus approprié alors ensemble, on pourrait faire un truc vachement bien. Alors voilà, je me suis dit qu’il serait éclairant de réunir les éléments proposés par la petite humanité qui m’entoure (ici ou IRL)… VOUS, NOUS!
le post est très long mais on a débattu sur IG pour décider de le garder comme tel. je vous encourage à y revenir si besoin. voici NOTRE programme (classé du plus sociétal au plus intime)
1. Que Justice soit faite
2. Impunité Zéro
3. Full Contact ?
4. Comprendre le consentement
5. Comprendre le viol, la prédation, la domination
6. Explorer sa propre toxicité, sa misogynie inconsciente
7. Respecter les femmes
8. Respecter les hommes
9. Développer de l’empathie pour l’autre
10. Education émotionnelle
… ON Y GO?!!!
1. Que Justice soit faite
objection : c’est une deuxième peine de devoir affronter, et la police et la procédure judiciaire etc. : ça n’est pas adapté.
contre objection : oui mais si le bonhomme est quasi sûre de ne pas être pris, alors il peut continuer sans peine.
solution : on peut travailler à accueillir la parole des personnes victimes d’agressions sexuelles. peut être avec plus de femmes pour les accueillir, mais peut être aussi tout un système qui accompagne la victime en tant que telle et non un système qui part du principe que la personne ment.
Donc oui aidons les victimes, avec un système judiciaire qui fait tout pour les aider (pi : on n’en que au niveau : peut on être consentent.e à 11 ans?!… WTF)
2. Impunité Zéro
quelque soit nos échanges, que ce soit en couple, en famille, entre amis, à l’école (de commerce), au taffe, le sentiment de justice devrait imbiber chacune de nos relations.
objections : c’est fatiguant de devoir “faire la relou” tout le temps car cela arrive tout le temps.
contre objection : oui
solution : un peu c’est mieux que rien. mais effectivement, pour que nos relations personnelles soient allégées de ce poids, il faut que le groupe social (les potes, la famille) et les institutions jouent leur rôle. cela demande des structures. à la Silicone Valley par exemple, cette impunité zéro est en train de devenir la norme.
J’ai été horrifiée par la lecture de cet article paru dans l’Express sur le harcèlement dans les écoles supérieures-mon-cul. Avec des anciens Essec (pour ceux.lle qui n’ont pas suivi, j’ai fait cette école de commerce), nous sommes en train de nous mobiliser pour que l’Ecole applique cette impunité zéro, comme à Polytechnique. si jamais vous avez un quelconque poids auprès d’une institution ou d’un groupe, n’hésitez pas!
on peut agir aussi bien au niveau sociétal, qu’intime
3. Full Contact ?
objection : bah ça crée pas une société nouvelle si?
contre objection : oui mais ça apprend à se défendre ou à neutraliser
oui c’est vrai, tout ce qui peut donner de la confiance en soi et permettre, last minute, de se défendre devrait être pris en compte. permettre aussi de défendre l’autre, y compris par la force, si nous apprenons les gestes et attitudes à adopter.
4. Comprendre le consentement
Beaucoup d’hommes autour de moi me disent “c’est compliqué parce qu’on ne sait plus quand on peut ou non y aller”.
je vous conseille cette vidéo de l’excellente chaine “et tout le monde s’en fout” sur la Culture du Viol, proposée par Laura dans les com de mon précédent post #metoo. un peu agressive, mais franchement drôle et donc éclairante.
donc si elle répond non, c’est juste… NON. ça ne veut pas dire qu’elle ne pourrait pas changer d’avis, mais présentement, si c’est non, c’est… NON. et si vous désirez que son “non” passe au “oui”, à vous d’explorer “une” relation, basée sur le jeu, avec respect et curiosité. et plus si affinité. mais pas la peine de se fâcher si ça ne prend pas.
alors allons plus loin. un ami me disait : en fait, je suis en colère car les femmes disent “respectez nous, mais en même temps, elles me reprochent de ne pas être plus insistant, plus “mec”. elles me disent que je suis trop doux.” Ma prof de Tantra, nous disait : une femme aime être prise… une fois qu’elle a dit oui! beaucoup de femmes sont sensibles à… un désir clair. beaucoup de femmes aiment trouver chez l’homme qui vient à elle, le FAYA (fire)! donc les gars, votre désir clair (pénétrant?) fait (peut faire) partie du jeu de séduction, mais ça ne veut pas dire qu’une femme a envie, même inconsciemment, d’être forcée. claro?!
5. Comprendre le viol, la prédation, la domination
les discussions avec les copains reviennent souvent sur l’exploration de la force physique. pourtant les viols ne se passent pas comme dans les films : ça se fait pas (uniquement) dans une rue mal éclairée sous la pluie avec un homme prêt à te trancher la gorge.
ça se passe dans les familles, dans les couples. au lit. au chaud. mais parce que lui la prend malgré son refus à elle. ça s’appelle un viol. donc il ne s’agit pas uniquement de la violence et domination physique, ça se fait dans une domination psychologique.
une amie me disait qu’elle en avait parlé très tôt avec ses fils. au moment de leur puberté mais avant qu’ils ne soient en âge d’avoir des relations sexuelles : encore une fois non, c’est non. sinon c’est du viol.
un ami bossant dans le big data disait : pour combattre un phénomène, les chiffres sont importants, voir si les agresseurs représentent 50% des hommes ou 5% et ça n’est pas la même réponse à apporter.
mon mec, qui a bcp travaillé en prison et dans la violence domestique, me dit que le problème est moins dans la misogynie que dans l’exercice du pouvoir et la domination. la violence sexuelle ne concerne pas que les femmes, elle concerne UN homme sur SIX (gays et/ou en position de faiblesse), des enfants…
si quelqu’un a des éclairages… merci de nous les partager. j’ai trouvé cet article de 2016.
6. Explorer sa propre toxicité, sa misogynie inconsciente
objection : nan mais je suis gentil.le
contre objection : me too. bon ok, on en a déjà parlé.
solution : lis mon post. mais surtout, sois à l’écoute de l’autre et de tes valeurs. il m’est arrivé dans un wagon restaurant de me retrouver coincée à côté de 3 mecs bourrés racontant leurs histoires de cul avec gestes obscènes à l’appui etc. il y avait une petite fille à côté, son père, d’autres adultes. nous étions tous choqués, mais personne n’a osé moufter; je garde la blessure de ma lâcheté, pour me donner du courage en d’autres circonstances. je me suis rendue compte que je n’avais pas osé me retrouver en position de vulnérabilité. ces mecs, était de chez Michael Page, des gars “bien comme il faut”. je ne risquais absolument pas de me faire taper. mais peut être de perdre la face, oui. du coup, cela a été une bonne leçon pour moi.
idem dans mon éducation vis à vis de mon petit gars. et de ma fille. notre société “féministe” encourage les filles à être fortes (comme des gars), à quel moment célèbre t elle que des gars veuillent s’habiller en rose (comme des filles)?! le modèle de “succès” est toujours celui du winner, du leadership, du sport à haut niveau… quand passons nous à un système où on célèbre aussi les valeurs féminines (à déterminer)? nous glorifions Saint Lolo pour nous avoir autorisé à porter le pantalon, je ne vois aucune femme libérer les hommes en leur autorisant la jupe ou le talon aiguille. nous vivons dans une société myso, il n’y a aucune raison que même en temps que femme, parent de filles etc, on n’ait pas intégré des valeurs misogynes sans le vouloir. à chacun de l’explorer.
je vous conseille ce petit billet d’un papa parlant de son fils. c’est savoureux! je vous conseille aussi ce papier de la géniale Marie Donzel sur blog du site féministe EVE, sur les écrits de Françoise Héritier et le concept de “valence différentielle des sexes”.
7. Respecter les femmes
Plus j’avance et plus en fait, j’ai l’impression que les féministes veulent surtout que l’on respecte les femmes en tant… qu’êtres humains. les hommes, eux manqueraient plutôt de reconnaissance en tant qu’hommes.
en effet, les femmes, peut être parce que notre corps nous dit que nous sommes femmes “en soi” (Pinkola Estes parle de “huevos”, non pas avoir des couilles mais avoir des oeufs, un savoir, en nous, elle parle aussi de notre corps qui saigne sans mourir, qui évidemment enfante, de cette magie du corps de l’espèce Femme), peut être parce que dans ce malheur qu’est l’ostracisation permanente de notre genre, nous n’avons pas ou peu ce problème de devenir “femme” puisque nous sommes sans cesse décrites comme telles. notre problématique est davantage dans le fait d’être respectée et accueillies en tant que personne.
comme le dit Grayon Perry, on cherche à définir le background de cet homme blanc qui fait le fondement de notre société, mais on ne le trouvera pas car l’homme blanc EST le background. toute l’humanité est façonné par lui et selon ses valeurs. la femme sera toujours l’Autre dans ce monde là. or nous on ne veut plus être juste l’autre. on veut un système où on fait partie dudit système.
le féminisme aujourd’hui se base beaucoup sur l’idée de singularités plurielles. l’idée de ne pas dire “les” femmes mais “des” femmes. de ne pas être dans une quelconque injonction : “habille toi comme ci” “épile toi comme ça”, “reste à ta place”… les féministes, si je comprends bien, disent : fuck! laissez nous être qui nous voulons être. voilée, seins nus, à la tête d’une entreprise, au foyer…
je suis un être humain!
j’adore ce manifesto féministe qui dit tout!
8. Respecter les hommes
pour les hommes, c’est tout autre chose. quasiment tous les hommes autour de moi se demandent “ça veut dire quoi être un homme”.
voilà ce que j’entends :
je ne suis pas respecté en qu’homme. on me fait passer pour mysogine, pour dominant et brutal. et tant qu’on se dit tout… JE NE SAIS PAS QUOI FAIRE DE MES PULSIONS. du coup, j’en ai honte. et en même temps, on me dit “sois pas macho” mais on ne supporte pas que je sois vulnérable, ou lâche, ou en difficulté. “man up!” un copain me disait qu’il avait peur des araignées et que sa meuffe lui avait répondu “bah conduis toi en homme, merde!”
une nécessité primaire, si elle n’est pas satisfaite vertueusement le sera névrotiquement. et je crois que pour un homme, c’est vraiment fondamental de se sentir homme, et valorisé en tant que tel. on a un gros chantier là. un copain me disait s’être mal conduit lors de soirée en école de commerce. avec le groupe. son besoin “d’en être”, y compris à l’encontre de ses valeurs, était plus fort que lui. et si on ne montre pas aux hommes ce que ça veut dire “être un homme”, alors il cherche comme il peut. pour l’instant : mal, notamment en brutalisant les femmes.
et des hommes qui ne sont pas respectés sont des hommes affaiblis, donc moins enclin à prendre une place vertueuse dans leur vie, la société, l’intimité.
donc, surtout pour les femmes qui se disent féministes, repensez à la blessure des injonctions permanentes que nous recevons et appliquez la à celui de la masculinité. c’est juste la même chose.
je finirais ce double chapitre femme/homme sur cette citation du très controversé David Deida : “les femmes veulent être entendues, les hommes appréciés“. j’entends déjà le brouhaha de vos jugements (ah non peut être s’agit il du mien), mais appliquez ça au conflit que nous avons eu sur ce blog il y a 2 semaines, appliquez ça dans vos relations sexuées et vous m’en direz des nouvelles!
9. Développer de l’empathie pour l’autre
Alors je voulais de la compassion. mais peut être que c’était trop. de l’empathie suffirait. pas forcément qu’on pleure avec moi mais juste qu’on respecte mon chagrin. je ne développe pas, car nous en avons beaucoup parlé avec la CNV.
en revanche, je me permets d’insister sur un point expliqué dans la CNV. si quelqu’un a un chagrin, ne vous la ramenez pas avec vos conseils, juste faîtes lui un câlin. soyez là.
l’empathie de l’entourage est une partie très importante de la reconstruction d’une victime. soyez là. voici ce que j’ai trouvé.
10. Education émotionnelle
Nous l’avons vu, avec la CNV, le début de la violence se fait dans le non respect des émotions. or comment voulez vous qu’un petit garçon, futur-homme, puisse respecter les autres et notamment les filles (et futures femmes) si on ne le respecte pas lui? si on lui apprend qu’être un homme, c’est être un caïd? c’est même ne pas avoir d’émotion?
ce que dit rosenberg aussi c’est que l’apprentissage réel ne se fait que si l’on répond à un besoin profond. ainsi un enfant, comme un adulte, ne peut pas respecter longtemps un loi qui dit “faut faire comme si, comme, sinon c’est mal”. le respect “solide” ne fait pas dans l’obéissance, la peur, ou la culpabilisation; je me rappelle de conflits entre mes enfants. ces conflits se répétaient sans cesse, jusqu’à ce qu’un jour je puisse argumenter à chacun qu’ils se sentaient mieux lorsque les règles de respect mutuel était appliquées par chacun. “tu te sens comment, quand tu ne tapes pas? -… mieux” ainsi en leur montrant leur propre intérêt à respecter les lois de la maison, que ces lois étaient faites pour eux aussi, (et non que l’on devait observer la loi parce que …. “c’est bien”), les tourments répétés du conflits se sont effacés… LOGIQUEMENT!
on ne peut pas enseigner le respect (envers les petites filles) si on ne respecte pas les enfants (notamment les gars). GO GO GO!
Cette semaine encore, j’ai vu 2 parents reprendre leurs fils qui pleuraient “pour rien”, ou “comme des mauviettes”. prendre ensuite dans leurs bras, leur petite fille qui pleurait pour les même raisons. je sais qu’ils veulent bien faire, qu’ils ont peur que leur fils ne soient pas accepté dans sa vulnérabilité. j’ai fait pareil. mais revoyons votre manière de faire. c’est une violence inouïe faite à nos garçons de ne pas leur accorder la possibilité de pleurer. de ne pas les aider à explorer leurs émotions. et encore une fois, la violence nait des émotions non processées. j’y reviens très vite.
un des petits garçons a d’ailleurs répondu “tu te rappelles de la vidéo qu’on a vu : il faut laisser les petits enfants pleurer. c’est pas bien ce que tu me dis.” du coup, on revient au point 2. si les institutions, les écoles, etc aident la société à se former, à s’éduquer, à s’élever, cela permettra à chacun de grandir, en même temps. dans un chemin de respect et d’égalité.
Alors voilà, le but de ce post serait d’avancer ensemble, donc, j’ai commencé en vous donnant ces 10 règles possibles, qu’on a partagé ensemble. je rêve qu’on se rencontre, hommes et femmes, et qu’on en parle. ici, mais aussi IRL! any suggestion?!