j’essaie d’écrire ce post depuis 3 , 7, 10, 15, 17 jours sans y parvenir. une agitation certaine m’empêche d’y voir clair. certaines réflexions me reviennent en même temps de manière obsessionnelle…
la stratégie du post où “je pars me perdre sous l’orage et puis on verra bien” est enclenchée.
1- ME TOO
plusieurs fois, dans différentes situations. nous en avions déjà parlé. et toujours cette double peine d’être à la fois victime et à la fois « coupable »; coupable de ne pas l’avoir dit, d’être habillée comme ci, d’être maquillée comme ça. enfin ah non, attendez… c’est pas totalement vrai, je n’étais pas toujours coupable… parfois ça faisait juste beaucoup rire l’assemblée…
chagrin.
donc double peine de subir ces assauts mais aussi le manque de compassion. et pour être honnête, je ne sais ce qui m’a le plus marquée. car en fait c’est la même chose. la double peine d’un manque de compassion pour moi. le message envoyé par l’agresseur et “mon” entourage étant le même : c’est pas grave… toi, on s’en fout!
allez voir la vidéo de Léa Bordier (qui m’avait filmée pour Cher Corps), elle est canon!
2- COMPASSION
cet élan sans précédent a eu un effet bien différent de ce que j’avais toujours vécu jusque là : développer mille conversations autour de moi. je suis bouleversée par les témoignages, par la souffrance (allant du raz le bol à la détresse) de toutes ces femmes jusqu’à maintenant réduites au silence. mais qui une fois connectées, dans un élan commun, ont réussi à en sortir. les rs ont du bon!
on a bcp parlé de colère ici (ok ici et ici aussi)(bon ok ici et ici aussi!), de la nécessité de l’exprimer. de ne pas avoir peur de le faire. nous devons apprendre à nous plaindre! nous devons grandir et ne plus être des petites filles dociles. nous devons éduquer nos enfants de cette manière. comme le disait Pinkola Estés dans Femmes qui Courent avec les Loups, les rendre aveuglément obéissant.es et trop gentil.es est dangereux pour eux.lles! VIVE LA COLERE! et, les meuffes, si vous n’avez pas été éduquez comme ça, explorez, prenez votre place, et osez la colère, malgré… la vulnérabilité qu’elle amène (car oui putain que va t on penser de vous?)(nan mais FUCK!)(allez go go gO!).
les meuffes, c’est juste énorme ce qui est en train de se passer. bravo à nous!
et… les mecs, c’est juste énorme ce qui est en train de se passer. vous réagissez! avec de la colère aussi, de la tristesse aussi, de la vulnérabilité aussi et donc, du partage et une compassion retrouvées.
loin de nous opposer cette colère nous réunit de manière créatrice.

si vous vous rappelez de Kali, déesse colérique, mangeant des hommes, la langue tirée, montrant un collier fait des têtes de ses victimes, qu’a t elle sous ses pieds?… son mec, Shiva. il chill sous son pied. Car l’homme, n’a pas peur de la colère de sa femme. car cette colère bouffe l’ignorance des hommes (ou les hommes ignorants).
piting mais à nous Kali!!!!!!!!! Sans colère… pas de partage véritable… pas de compassion véritable … pas de pardon véritable… pas d’amour véritable!
et si vous n’êtes pas férue de déesses indiennes, lisez juste cet article sur l’aspect cathartique du #balancetonporc
tellement d’hommes autour de moi, dans ma timeline, s’interrogent, se remettent en question, cherchent à panser les plaies, présentent des excuses, appellent les copains qui se sont mal comportés… etc
franchement c’est sans précédent et ça me bouleverse.
les gars qui se sont mal conduit : n’oubliez pas de présenter vos excuses. même 20 ans plus tard ça fait du bien. à elle. comme à vous. comme à nous.
hommes et femmes qui autrefois riiez dans le métro, qui autrefois avez assisté lâchement à des choses pas cool mais ne saviez pas comment réagir, ne restez pas bloqué.e sur votre peur (de vous montrer vulnérable), concentrez vous sur la personne victime, agressée qui a besoin d’aide. faîtes quelque chose, que ce soit avec un inconnu (« ah marguerite te voila, ça va? désolé.e je suis en retard. » et le mec partira sans que vous ayiez à vous battre) ou au contraire par qn que vous connaissez (évidemment c’est plus dur, on en reparle après). ou juste apportez un réconfort.
3- MERCI QUAND MEME
il y a évidemment, à visage désormais découverts, ceux qui se pensent dans leur bon droit, qui se pensent gentils et cools. et évidemment tous.tes ceux et celles qui les soutiennent.
et cette phrase qui sans cesse revient “nan mais je suis, il est gentil.”
je suis effondrée pour leurs victimes, qui ne trouveront pas réparation auprès des auteurs de ces actes. je leur souhaite que l’expression, la reconnaissance de leur souffrance par le reste de la société, de leurs proches, va tout de même les aider à dépasser l’humiliation, la honte ressenties. et tout le reste.
je suis en même temps effondrée pour les bourreaux. je n’excuse pas leurs agissements, qu’ils soient légers ou répugnants, mais je suis désolée pour eux, de savoir leur aveuglement si grand, et leur coeur si petit.
je leur dis en même temps “merci” car il y a désormais des visages parfois ordinaires (y a pas que Harvey, il y a certains “copains” aussi) posés sur cette violence qui ne devrait pas l’être (ordinaire).
on ne pourra plus nous dire que tout cela n’était qu’exagération fantasmée et hystérique. c’est bien qu’on sache qui est qui. quoi est quoi. qui couvre qui. avant tout se faisait sans visage et sans faits avérés. nous sortons de l’obscurantisme “mais nan ça n’existe pas”. vive la vérité. cette fameuse culture du viol dont on nous a dit qu’elle n’existait pas n’est désormais plus réfutable, et elle n’oppose pas les bons et les mauvais, les hommes et les femmes, elle empoisonne TOUTES nos relations! fais chier!
si vous avez du mal à mettre des mots ou des comportements “ordinaires” sur la culture du viol prenez 60 sec et regardez ça.
4- GOOD GUYS… AH OUI?!
Car oui, autour de moi, il y a beaucoup de good guys. il n’y a que ça même. pourtant, j’en connais plein qui peuvent s’être mal se comporté. parce que prédation, parce que le groupe, parce que ne sachant pas comment reprendre publiquement un copain. etc.etc
ce qui compte donc n’est pas de se trouver gentil mais de bien se comporter
notre société nous a formaté.es à être « gentil » et pas « méchant ». mais putain, cette dichotomie est faite pour des mômes (et encore pas pour les miens, merci!) et nous sommes justement en âge de devenir… ADULTES!
dans ceux qui ont pu avoir un mauvais comportement, il y a ceux qui se repentissent… “pardonne moi” et les autres… ‘nan mais vraiment, vraiment, je suis gentil”. on a ici une magnifique illustration de personnes qui se pensent sincèrement gentilles, mais qui peuvent s’avérer véritablement dangereuses.
faisons désormais attention aux gens qui se disent gentils! on n’est plus de petits chaperons rouges! et donc
à la dichotomie GENTIL/MECHANT, je lui oppose volontiers celle ci : GRANDIR ou PAS.
et si on applique ça à d’autres champs que l’agression sexuelle, on revient au besoin de perfection dont nous avions parlé. perfection qui vient nécessairement avec sa toxicité : toujours nier l’autre pour ne pas être égratigné (“mais elle fait chier celle là”)(tout dans cette phrase est abjecte). et l’on voit bien ici comment s’active un dark side dont on n’ignore jusqu’à son existence : notre besoin de nous montrer parfait/gentil nie forcément l’autre qui pointe à quel point on ne l’est pas.
(encore une fois, allez voir “I’am Not Your Negro” de Raoul Peck, Balwin y décrit très bien ce mécanisme appliqué au racisme)(car oui sexisme, racisme etc procèdent de la même logique : se penser meilleur, et y sacrifier la compassion)
pour avoir eu des comportements toxiques, je connais par coeur, ne pas oublier que ce mécanisme en d’autres circonstances peut s’activer en moi, en toi, en n’importe qui.
merci pour cette leçon.
5- MAUVAIS GENRE?
alors, on fait quoi maintenant? parce qu’au final, oui, il faut pointer des comportements destructeurs, on peut essayer de grandir, oser se plaindre, oser faire amende honorable, certainement éviter ceux qui ne veulent pas se remettre en question. mais quoi?
en commençant le post j’ai demandé plus de compassion pour moi-même. il me faut bien en montrer en retour. car au final, on va tous vivre ensemble. aujourd’hui, demain, avec les bons copains, les moins bons, les types qui te haranguent dans le rue etc.
ça faisait longtemps que l’on n’avait pas évoqué le thème du genre ici. sans doute avais-je répondu, même temporairement, à mes propres questions. disons le de cette manière :
je veux l’égalité des droits entre les êtres. je crois en la différence masculin/féminin, je crois aussi en une nécessité de cette différence. je veux une société qui ne soit pas normative, mais qui nous aide par sa culture, parfois donc archétypale, à grandir, dans notre quête de singularité, comme d’universalité. en tant qu’être vivant, en tant qu’humain, en tant que femme, en tant qu’homme. ou autre (tbd).
(je suis évidemment anti-patriarcat)
5_1 “Like me!”
donc si je reviens à mes moutons, on va pas faire la société uniquement dans un désir de femmes fortes et de sororité. car demain, mes enfants (j’ai une fille et un fils) vont vivre ensemble, avec une société pas uniquement faites “de soeurs fortes” et de prédateurs en puissance. et 53% des américaines blanches votent Trump. les prédateurs ne s’en prennent pas qu’aux femmes. donc c’est pas un truc genré les femmes-soeurs d’un côté, puis les hommes ensuite, c’est une idéologie mêlant les unes et les autres, il faut construire cette société avec les femmes ET les hommes. de la compassion on a dit!
COM PAS SIOOOOOONNNNNNN!!!!!!!
compassion… partager les passions?
ah ouais donc la compassion ça demande à ce qu’on prenne en compte les passions. mais comment les partager et les reconnaitre chez l’autre si je les ignore en moi?! comment demander de la com-passion alors que nous vivons dans une société qui nous demande de ne pas en avoir (pour être rationnel.le et prendre les bonnes décisions)(genre).
et sans cesse, je repense à cette phrase “je t’assure, en fait, je suis gentil!”. je peux continuer à la prendre dans le jugement : “bah moi aussi je suis gentille, c’est quoi ce niveau de débat?! wow, grandis un peu! nan mais oh… TU VEUX TA TETE COUPEE SUR MON COLLIER ou?”.
je peux aussi développer de la compassion et je repense à Grayson Perry, à toutes les stratégies développées par les hommes pour finalement demander à l’autre “like me!” et je vois ici aussi se jouer toute la fragilité, peut être très masculine, ce qu’il appelle “l’illettrisme émotionnel”.
pourquoi les ténors du patriarchat nous obligent à annuler nos émotions? ça n’est pas pour prendre de meilleures décisions mais parce que eux mêmes sont des… HYPER EMOTIFS! (c’est grayson qui le dit).
donc pas de compassion sans exploration des passions et des émotions. les gars, allez y! on vous file un coup de main si vous voulez!
ainsi plutôt de que développer des femmes fortes et leaders “comme des hommes”, ce qui revient à dire que nous appliquons toujours un idéal masculin (et la mysoginie qui va avec); je préfère
développer des hommes forts… comme des femmes : explorons et partageons ensemble nos émotions.
nous sommes très loin de la société gentil/méchant non? mais ça demande de re-setter notre éducation pour nos enfants, mais aussi pour nous mêmes. ne pas clore le débat à “ça c’est gentil, ça c’est méchant”. l’amener à : là il y a un problème, explorons pourquoi afin de trouver des solutions.
5_2 Restauration et réparation
lorsque je vois les mecs qui crient au scandale, pour eux mêmes ou leurs copains, je suis d’un côté outrée et en même temps, pour ceux que je connais en tout cas, je crois… en leur sincérité. je mesure la fragilité immense de quelqu’un qui ne veut/peut pas envisager la menace de l’exclusion (du groupe de copains, de la gente féminine tant convoitée, de la position dominante, du… paradis). ce qui est totalement irrationnel vu que c’est justement son comportement qui l’exclut du groupe.
dans la société Maori, la justice se pratique d’ailleurs ainsi : non pas uniquement de manière légale, avec prison (exclusion) à la clé, mais de manière humaine. cette justice se dit “restauratrice” car elle met au centre la victime, et ses proches en lui reconnaissant le tort qui lui a été commis, mais en même temps, elle facilite pour l’auteur du crime/délit la compréhension de ses actes et responsabilités en instaurant un dialogue entre les 2 parties.
ainsi ce qui est jugé est l’acte et non la personne, qui reste intégrée socialement. ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas de violence, qu’il n’y a pas de prison, mais si la personne comprend l’autre, comme le dit Jerry, si elle cesse d’objectiver l’autre comme “a bitch”, “a arshole”, etc alors c’est gagné, son âme sera guérie et la société un peu avec. apprendre à chacun la compassion, svp. notre société en manque cruellement (quoi je me répète?!)
comme le dit mon mec “oui à la colère, oui à poser des limites, mais à la fin, il faudra bien dialoguer”
et je ne dis pas que ça va marcher pour tous les prédateurs hein, mais enfin, il va bien falloir que l’on dialogue davantage entre hommes et femmes si l’on veut construire quelque chose ensemble.
5_3 être un homme… un vrai?
je mesure aussi “l’effet de groupe”. bcp d’hommes, de jeunes hommes, comme de moins jeunes, pensent encore qu’il faut être insultants, vulgaires vis à vis des femmes pour faire partie du groupe, “en être”. être un homme, un vrai. pense t on.
mais si c’est le cas, peut être que nous devons écouter non le besoin de brutalité (encore que… si en fait c’est primordial)(mais on en parle une autre fois) mais celui “d’être un homme”. parce que c’est un besoin que nous ne devons peut-être pas ignorer : prouver qu’on est un homme. car si c’est le cas, les gars, il y a beaucoup d’autres solutions. de solutions qui intégreraient aussi beaucoup d’hommes qui ne se reconnaissent pas dans cette brutalité, et qui de manière toxique se demandent souvent “suis je un homme “quand meme”?”
je reste très inspirée par ce que nous disait Shivam et la nécessité d’une culture du genre, ou des genres. et c’est pas parce que notre société a une culture du genre catastrophique qu’il ne faut plus de culture du genre du tout. encore une fois pas pour normaliser les êtres et les relations mais pour les aider dans une exploration. ritualiser les choses. être humain, être adulte, oui, mais aussi être femme ou homme. encore une fois, ou autre (les sociétés native-américaine comptaient 5 genres).
bon… je me suis totalement égarée. suis au milieu d’un bois là. vous m’entend encore?
me vient alors ce qu’un guru enseignait à mon chéri
“la plus belle preuve d’amour est d’apprendre à l’autre comment t’aimer”.
vous allez me dire “c’est compliqué”
et je vous répondrais
OUI! <3