d’une certaine manière, je suis toujours en train de redescendre de ma colline népalaise…
la première fois que j’ai vu Jerry, pendant la présentation de son livre, il disait : “i’am not in the happiness business”. et moi dans ma tête “lol… euh… bah qu’est ce que tu fous alors?!!”.
c’était il y a 2 ans, et je ne comprenais absolument pas ce qu’il disait. et puis on s’est rencontrés, vraiment, il y a eu en moi un cheminement à la fois très personnel et profondément archaïque (dans le bon sens du terme hein), que je tente de formaliser et partager ici : chercher sinon “la”, “ma” vérité (un pas apres l’autre). et j’en arrive aujourd’hui à un point, qui fait chier, mais en même temps… c’est bien, un point qui dirait : chercher la vérité, c’est renoncer au bonheur (ouais, fait chier)(mais en même temps…).
1_ Pourquoi renoncer au bonheur?
dans “He” (un livre génial sur Perceval, mythe fondateur de la psychologie masculine), l’ auteur Robert A. Johnson, dit que nous nous fourvoyons sur la Quête du Bonheur. le mot “Happiness” vient d’ailleurs du verbe “to happen”. ainsi, cet état de bonheur à atteindre, est une illusion : le véritable art du happiness serait davantage une aptitude à accueillir ce qui arrive, ce qui “happens”. cette quête du bonheur telle qu’on nous l’enseigne (l’inculque? la vend?), est toute autre. n’est ce pas?! On en parle bien dans La La Land je trouve, où les 2 héros, confondent (consciemment ou pas) leurs rêves et leurs objectifs (euh ATTENTION SPOILER)(enfin notez : 100 ans après la sortie du film): bye bye l’amour, j’ai une autre vie à vivre : je dois devenir une star. Ainsi la fameuse “pursuit of happiness” telle que nous la pratiquons dans le monde occidental revient à une quête égotique, à rassurer et développer l’égo en lui envoyant le message qu’une tâche accomplie, un rêve réalisé, une position atteinte, un corps maitrisé (etc etc) est une marque de bonheur. on en vend du rêve… oui ça, on en vend! et sans dire que quête du bonheur et capitalisme outrancier font bon très bon ménage (même si je le pense) regardez autour de vous le nombre de petites ou grandes marques qui vous vendent du bonheur, vous verrez que ça va assez bien ensemble! (ouais… fait chier)
d’une certaine manière, peut être plus maintenant, encore que, mais je pense que Trump est ou était un homme heureux… parce que le bonheur ça arrive quand nos voeux s’exhaussent, non? quelqu’ils soient. or, bien sûr, un monde fondé sur une série infinie de désirs à réaliser, un monde d’enfants, ou d’adultes qui refusent de grandir, d’occuper la place qu’ils doivent prendre, c’est un monde où on ne prend pas l’autre et sa complexité en compte, c’est un monde d’illusions extrêmement dangereux.
pour autrui, comme pour soi. nous en avions déjà parlé sur ma future-ex quête de perfection.
car sans être Trump, c’est un passage que nous connaissons tous.tes où le bonheur fantasmé arrive à réalisation sans qu’on y trouve… de bonheur justement. et cette réévaluation arrive parce la vérité a pointé le bout de son nez. et pourquoi? parce que si vous n’êtes pas Trump justement, une petite voix, vos valeurs, l’autre, tenteront de se faire entendre pour vous dire
“oui mais… c’est faux”
et si vous ne l’entendez pas, parce que la construction est trop forte, alors le corps va s’en charger : burn out, dépression etc… jusqu’à clamser. et ça fait mal. mais tellement mal. ça fait mal, et ça fait donc chier, parce que l’on prend conscience du monde d’illusions que nous avons nous-mêmes entretenus, de son potentiel de destruction (pour soi et pour autrui), au nom de cette quête de bonheur.
choisir la vérité, alors même qu’elle met fin au bonheur… ça se fait, parce que parfois, on ne peut plus faire autrement.
it happens!
2_ choisir la vérité, c’est choisir la vie
bien que ça puisse faire un peu mal, je ne peux nous souhaiter mieux.
car ce qui peut être vu comme une épreuve irréversible, est en même temps, une immense chance; parce que c’est la seule manière d’être… vivant. parce que la vérité est un principe de vie. et quand je dis “vie”, je le dis à 2 titres: je veux dire que ça sauve la vie. sans dépression ou burn-out pour t’alerter, tu peux clamser, littéralement (d’une overdose, fossilisé sur un clavier etc). par ailleurs, la vérité est ce qui nous rend vraiment vivant. combien de gens passent une vie à ne pas vivre réellement? le Loup de Wall Street (ATTENTION SPOILER n2)(mais cette fois 1000 ans après la sortie du film) finit ruiné, mais surtout, il finit sans jamais avoir compris. en rehab forcée, il déclare “j’me fais chier”. à continuer de croire en son rêve “tout le monde rêve d’être riche non?” au lieu d’adresser son problème d’éjaculation précoce, il refuse de grandir, et devient comme mort de son vivant. (oui lui et Trump sont les mêmes personnes en fait).
dans I’m not Your Negro (ou plutôt dans toute sa philosophie), Baldwin explique très bien comment ce rêve américain, totalement infantilisant, concoure à créer une société morte, où l’on se refuse à voir la vérité. et c’est tellement cruel.
3_ Renoncer au bonheur ne veut pas dire être malheureux.
Parfois je m’en veux d’avoir fait ce choix (oui bon ok je viens de dire que c’est pas vraiment un choix, mais vous allez voir, c’en est un, j’y arrive) car plus j’avance dans la vérité, et d’une certaine manière oui, moins je suis heureuse. c’était assez cool d’être légère, dans ma matrice, portée par un milliard de projets successfulls…
cette vie pourtant n’est plus. comme dirait Wolinski :
hahahaha
ça ne veut pas dire que je suis malheureuse. pas du tout (j’y reviens). ça veut juste dire que parfois, je suis heureuse, parfois je ne le suis pas. parfois je peux faire le choix, parfois je ne le peux pas (les choses “happen”, plus fortes que moi).
et vous savez quoi? il m’arrive même de le choisir (de ne pas être heureuse) : je vous jure Marie Thérèse! la première fois, c’était en juin (oui je m’en rappelle carrément) :
“allo darling, i don’t feel well.” la plupart des gens diraient “mais non mais non ça va” ou éventuellement “ah merde, je suis désolé.e, raconte moi”, d’autres encore “oh je m’inquiète pas pour toi”, ou évidemment “bah forcément avec tout ce que tu te traines”… (hahaha), moi-même habituellement, je me serais “bougé le cul” pour annuler cette impression désagréable; mais Jerry, il m’a dit :
“eventually! that’s great!” (re-hahahaha)
j’avais envie de lui tordre le cou ou d’éclater de rire “lol… euh… bah qu’est ce que tu fous?!” hahahahaha! évidemment qu’il préférait me (sa)voir “heureuse” mais tant qu’à pas l’être, il préférait de loin que j’accueille cet état. être faussement heureux.se, c’est pas possible entre nous. alors, il m’a dit un truc génial :
“stay with it, don’t try to fight and pretend a quick recovery. this sensation must be now your best teacher”
Depuis, c’est encore nouveau hein, mais j’apprends à observer mes sensations négatives. ça fait peur, surtout les premières fois, mais j’y vais quand même, en essayant d’être curieuse. donc je suis plus dans un déni (ouais nan ça va en fait), ni une victimisation (oh nan mais pourquoi ça m’arrive?!), ni une glorification (putain, chuis en fait trop profonde comme meuffe). juste une exploration silencieuse. le silence, dans un premier temps, m’a été important car avant j’aurais appelé 100 personnes pour leur parler de mon truc, j’aurais tourné en rond, attendu des réponses de l’autre, et répandu mon angoisse. une amie me disait “ma vie a changé quand j’ai compris que personne ne viendrait me chercher”. oui on doit chacun régler nos trucs. et puis effectivement quand tu n’y arrives plus seul.e, alors il faut appeler, consulter etc… mais en attendant, je peux vous dire que ça m’a enseigné un paquet de choses!
et alors ça donne une confiance absolument incroyable. de pouvoir regarder “en face” (j’y arrive pas tjs hein). ça change totalement les paradigmes de vie mais on n’en meurt pas du tout de pas être heureux tout le temps. et ça donne une force surprenante.
je reviens au principe de vie qu’est la vérité. parfois tu es obligé.e, sinon tu clamses mais si tu passes cette étape, ce palier de conscience, alors quelque chose d’incroyablement vivant en ressort :
“it was not a breakdown but a breakthrough”
4_ cultiver Vérité, Joie et Gratitude
Le reste de mes principes de vie n’a pas changé, au contraire, je suis à fond. Ainsi, j’ai toujours avec moi, la gratitude et la Joie. la Joie que je peux cultiver et qui me renforce en cas de coup dur et m’exalte quand il n’y a rien d’autre à faire que de jouir de la vie qui m’est donnée. nous en avions parlé avec le livre de Nicolas Go sur l’Art de la Joie, la joie est une “fonctionnalité” interne à chacun, nous avons en nous une source inépuisable de Joie, et exercer sa joie, c’est résister. Mais résister à quoi? le Bonheur vient de conditions extérieures, et à notre propension à fermer les yeux sur un ailleurs malheureux. il ne peut être que passager. Comment, étant donné la vie que nous avons, comment être heureux? impossible? la Joie est donc l’acte de résistance lorsque l’on a compris qu’on ne pourrait pas être heureux.
j’avais lu aussi les Enseignements de Bouddha selon Rahula, et le bouddhisme vise à vous faire accéder à la vérité. et jusque là, j’avais beau lire la première des 4 vérités – nous souffrons tous – je ne pouvais pas l’accepter. pourtant, c’est la base. d’une certaine manière c’est comme “fumer tue”, le fumeur a beau le lire, il n’accède pas à cette vérité (le pallier de conscience n’est pas atteint). là encore, ça ne veut pas dire que les boudhistes vivent misérablement en geignant de leurs malheurs.
il y a un gouffre entre abandonner et lâcher prise.
non, au contraire, on ne voit pas de gens plus rieurs qu’eux (comparez un Jesus mort sur sa croix et un bouddha). et l’autre jour je tombe sur la bande annonce de Walk With Me, le film sur Thich Nhat Hanh. et voila…
d’une certaine manière quand tu choisis la vérité, tu sais que tu ne seras jamais arrivé.e. à moins de devenir un bouddha (on n’est jamais à l’abri). cela t’oblige à accueillir une complexité au temps présent. et paradoxalement, en continuant à privilégier le chemin à la destination, je n’ai jamais été aussi… heureuse!
encore une fois, ça n’est plus un bonheur de chaque instant. le bonheur est un ensemble discret et non plus continu comme dirait la matheuse que j’étais. parfois je suis heureuse, parfois pas. mais quand je le suis, c’est tout d’un coup très différent. ça vient de… rien! je ne suis portée par rien, je n’ai gravi aucune montagne, je ne suis pas méritante. c’EST. et puis c’est tout et tout en acceptant qu’il y a une part de choix en moi (à l’instant T, je choisis de voir le bonheur, plutôt qu’une autre vérité complexe), et bien cela se faisant sur un principe de vérité, c’est évidemment infiniment plus fort.
it… happens!
j’espère que ce post vous parle et vous aide dans votre chemin. cheers!!







