Photo Jerry Hyde
Hello, hel-looooww !
Merci, un immense merci pour tous vos commentaires sur Mem. J’étais très fière de vous le présenter mais ne pensais pas recevoir tous ces commentaires, ni susciter un échange d’une telle qualité. merci du fond du coeur.
aujourd’hui je vous propose de repartir dans la Vallée. ça vous va ?
Car vos questions étaient extrêmement nombreuses sur « nan mais ça se passe comment en vrai ? » Du coup, je vais vous raconter le fonctionnement factuel mais aussi plus philosophique du camp.

- Le camp n’est pas ouvert toute l’année
On m’a dit qu’il n’y avait pas d’autorisation pour cela, mais je pense, quoiqu’il en soit, que c’est une très bonne chose : car les gens qui sont au camps de Spirit Horse « viennent à lui ». Ils sont heureux d’y venir, d’y revenir, de le faire vivre, de se retrouver. Cela a l’immense mérite d’éviter je trouve que les choses ne tournent en rond, ou que l’on puisse s’endormir sur un lieu qui demande de la vitalité, ou que bien sûr, on se retrouve piégé dans un lieu qui ne nous convient pas ou plus (je pense à des copains.ines qui ont grandi dans des camps hippies en se disant “nan mais ça ne plait pas du tout ce truc!”).
Le camp est très restreint nous étions 40 quand nous sommes arrivés, et peut etre 150 pendant le festival « Cauldron For All » (un chaudron pour tous)

- On peut se restaurer sur place
Le camp n’est pas cher, et la plupart des gens se restaurent à la « kitchen ». C’est un moment où tout le village se retrouve. Selon l’affluence, cela se fera dans un petit tipi près de la cuisine ou dans un plus grand tipi avec des tables basses, un feu central et de la paille au sol. Vous pouvez aussi rester dehors pour manger. Ou bien amener votre propre nourriture (le premier village est à 15 minutes, et la première ville à 50 minutes)(en voiture).
A la fin chacun, fait sa vaisselle.
Les repas débutent au son de la cloche, à 9h, 13h et 19h.
Il y a toujours une proposition végétarienne. Mais pas de culture locale. On ne fait rien pousser à Spirit Horse et l’on ne chasse pas non plus. Donc c’est sauvage, mais sur d’autres terrains que la nourriture.
Bon voilà, ce sont les deux seules règles qui régissent le camps. Pour le reste, la grande règle, c’ est qu’il n’y a pas de règle.
Alors pour autant, j’ai vécu selon certaines valeurs partagées.
- Spirit Horse est multi-générationnel
C’est une chose qui m’a énormément touchée. Il y a des bébés, des enfants, des pré-ado, des ado, de jeunes adultes, des trentenaires, des quarantenaires etc jusqu’au 70 ans env. Alors ça m’a touchée parce que j’ai rencontré des familles incroyablement soudées. Avec un sens de la transmission très fort, mais qui n’est pas matériel (ça me parle, je suis filles d’immigrés, qui plus est, exilés). Certaines ont fait le choix de vivre au moins partiellement dans la nature, dans différentes collines suivant la période de l’année, les boulots qu’on peut y trouver etc, ou pour certains carrément dans la forêt. Sans eau courante ni électricité… toute l’année. Comme je vous le disais, certaines familles pratiquent le home schooling. Ce qui m’a plu c’est que beaucoup d’entre eux avaient et partageaient une véritable vision de la famille. De leur famille. et je me suis rendue compte que c’était assez rare autour de moi : on s’aime, on fait des mômes, mais avons nous des désirs aussi précis que ça… ? hum, je ne m’en étais pas rendue compte et là ça m’a paru très très frappant.

Le fait de venir dans une communauté, chaque année fait aussi qu’une partie de l’éducation échappe volontairement au parent, c’est la communauté qui éduque les enfants. Tâm vous avait par exemple parlé d’entre-aide, Léo de son ascension dans l’arbre. Et ça pose quelque chose de très fort pour chaque enfant dans son accès à l’autonomie, dans sa confiance, dans son rapport à l’autre. Tout cela, crée une forme d’éducation. Je dois avouer que les enfants (pas les miens, les autres) là-bas m’ont bluffés ; ils sont débordants d’énergie et en même temps, tellement… calmes, sereins, ancrés. Les bébés passent de bras en bras… de frères en soeurs. Tout ça était très beau.
Et puis, ce qui m’a touchée, beaucoup, aussi, ce sont les ado. Des ados qui sont venus avec leurs parents et qui viennent maintenant avec leurs amis. Des ado qui aiment, qui s’aiment, qui jouent, qui s’initient… vraiment c’est très très beau.

- Spirit horse est genré
Ce lieu croit énormément à la différence et à la complémentarité homme-femme, ou plus précisément masculin-féminin. Que tu aimes les hommes ou les femmes, peu importe, mais chaque femme est invitée à se célébrer comme telle, chaque homme est invité à se célébrer comme tel (encore une fois j’insiste, quelque soit son orientation sexuelle). D’ailleurs, s’il vous plait, je demande à celles qui m’ont écrit et continuent peut être de me lire de ne pas les traiter de rétrogrades, d’être juste dans l’accueil et la curiosité de l’autre, qui ne pense pas comme vous. Etre progressiste, c’est surtout de s’écouter.
Donc il y a un woman’s lodge et un man’s lodge où les personnes du sexe opposés ne peuvent rentrer que sur invitation. Personne ne rit de voir un phallus géant à l’entrée du man’s lodge, personne ne rit de voir des plumes et des guirlandes à l’entrée du woman’s lodge (et personne ne les oblige à mettre un vagin géant pour faire « comme » les hommes, aucune des femmes là-bas n’en ressent l’envie ou le besoin). Alors ça ne veut pas dire que les hommes ne s’occupent pas de leurs mômes et que les femmes font la vaisselle, c’est au contraire hyper progressiste dans le partage des tâches. chacun fait ce qu’il veut et aide comme il le veut et pour le coup, on ne voit pas, à cet endroit, de différence (enfin si, j’ai trouvé que les mecs en faisait 10 fois plus). Et puis je vous parlais des femmes topless et/ou pirate en train de boire un café etc, les mœurs ne se font pas du tout sur les même codes; j’ai surtout ressenti beaucoup de respect et une grande harmonie entre les hommes et les femmes. (et je vous assure que c’est vachement reposant)

3. Spirit Horse croit aux arts et à la magie
Beaucoup de gens là-bas pratiquent un art ou un autre. On ne se pose pas la question de “t’arrives à gagner ta vie avec?”. la question n’est pas là. on est artiste de sa vie, point. Il y a notamment Joe, l’un des plus grands percussionnistes du Royaume Unis, et Alex, sa femme qui donne des cours de danse “5 rythms” (une expérience de fou). Il y a des apprentis chanteurs, des apprentis guitaristes. Il y a des conteurs. Il y a Anthony et Paloma les chanteurs fous. Alors je ne suis pas sûre, mais je pense que l’art est vu comme ce qui nous relie à notre “moi-sauvage”. un truc comme ça. c’est pas Damien Hirst hein. J’ai vécu une scène ouverte, le Ceiligh, où chacun pouvait partager ce qu’il voulait : un chant d’opéra, un air de blues, une danse des steppes, un sketch, quelques vers. Tellement beau. Tellement de talents. et encore, je ne suis pas de celles qui a vu les mômes grandir et devenir les artistes qu’ils sont aujourd’hui. c’est très émouvant.
4. et la drogue ?
Beaucoup de question dessus! Encore une fois tout est autorisé. Notamment l’alcool et la cigarette…. Hahahha. Bon on n’a jamais parlé de ça sur le blog, je suis quelqu’un d’assez addictive… au boulot et aux réseaux sociaux (re- hahahah)(mais ne vous inquiétez pas… j’arrête demain!), mais sur les drogues, très peu : je suis allergique à l’alcool et fume une cigarette de temps à autre. Pour ce qui est défendu par la loi de mon pays, j’ai fait 3 expériences dans ma vie, avec mes frères à chaque fois, dont la plus connue a été live-bloggée ici même dans le moule à gâteau hello kitty de ma fille. Donc c’est pas méchant. J’ose le jeu de mots pourave, la défonce, c’est pas trop ma câme.
Et pour revenir à Spirit Horse, même si le camps est ouvert à tout, je n’ai vu personne fumer clope sur clope, comme on le voit en journée (à Paris) ou torché à vomir tout ce qu’il a dans le bide, comme on le voit en soirée (à Paris) ou complètement stone, comme on le voit en after (oui à Paris toujours). Donc tout est autorisé, mais par rapport à ce que je vois “en ville”, c’est vraiment pas central.

Finalement, on dit qu’il n’y a pas de règles mais c’est partiellement faux. Il n’y a pas de règles parce que les gens, au délà de leurs apparences troublantes (les chemises à jabots empreintes aux vieilles traditions païennes, les dreadlocks de sadhus indiens, les chapeaux élimés de pirate, les haches de viking), le peuple de Spirit Horse est spirituellement extrêmement élevé. Et ça passe par des choses simples et en même temps si complexes pour ceux ou celles qui vivent dans notre système, dans leur roue comme disait Mem.
Par exemple, personne n’en est à prendre la pluie pour une injustice, si vous voyez ce que je veux dire. et pourtant…
hahahahah, ouais ça fait pas toujours envie! pourtant, on n’entend jamais “nan mais franchement, qu’est ce que j’ai fait pour mériter un temps pareil?!”
De manière plus profonde, chacun a compris qu’il souffrait (vision assez boudhiste), chacun a compris qu’il était responsable de sa vie (idem), chacun a compris la beauté du monde, chacun a compris la beauté de l’autre, chacun a compris sa propre beauté. Chacun est finalement rempli de beauté. De gratitude. C’est pour cela qu’il n’y a pas d’addiction (pourquoi faire?). Qu’il n’y a pas de gens envieux, que vous ne trouverez pas de gens qui se plaigne de leur sort, ou accuse un autre d’en être responsable. Là-bas, tout le monde a déjà passé ces paliers de développement personnel. Alors, on peut passer à autre chose : célébrer, partager, apprendre, remercier. on est généreux, on est curieux.
Ca m’a surprise d’ailleurs de voir tant d’hommes audacieux dans les cours de chants ou de danse brésilienne (oui je me rends compte à quel point il me reste des réflexions sexistes). En tout cas, c’est beau des gens qui disent juste “ok, je vais chanter pour la vallée” “oui pourquoi pas danser pour la cascade” “ah dis donc, j’ai ressenti ça, et toi qu’as tu ressenti?” “ah oui ce soir, je sors les paillettes et des branches d’arbre pour me faire un collier”, ou même “merci, j’avais oublié que c’était si bon d’être ici” (une femme parlant de son propre corps, à la fin d’un cours de danse). C’est… mais c’est fabuleux. c’est vraiment merveilleux.
ça oui pour sûr, que je vive en ville ou dans les champs, j’ai ramené tout ça dans mon coeur. et pour toujours.
bon voilà, vous savez tout de Spirit Horse. je reviendrai cela dit avec un 4e post… une vidéo j’espère car Shivam, le fondateur du camps m’a demandé de filmer…
J’espère que tout cela vous inspire. mille mille bises et beauté à tous!
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